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Soufisme intellectuel

Dr. Joanna Wronecka : « Il faudrait développer le soufisme intellectuel »

Interview. Docteur Joanna Wronecka, Ambassadeur de la République de Pologne

Son cœur bat pour la littérature, son esprit, lui, est imprégné de pensées soufies, mais sa tête, bien sur les épaules, n’en finit pas de cogiter sur la politique. Joanna Wronecka, passe d’un domaine à l’autre, avec l’aisance d’une vraie diplomate, sans jamais se départir de son grand sourire.

Le Matin : D’où vous vient cet engouement pour la culture soufie ?

Joanna Wronecka : Quand j’ai entamé mes études sur l’Islam, et sur la culture arabo musulmane, mon choix s’est fixé sur le Soufisme et Ibn Arabi en particulier. Je ne cache pas que je suis impressionnée par la philosophie de ce grand homme qui est à mon sens un exemple extraordinaire du penseur qui apporte beaucoup de joie au lecteur qu’il soit Arabe ou Européen.

A votre avis, comment le soufisme peut-il, à l’ère de la mondialisation, contribuer à l’accomplissement de l’être humain, puisque c’est sa raison première ?

Effectivement, la raison première du Soufisme est la recherche de soi à travers tous les efforts et les diverses étapes qui font le mysticisme, pas uniquement musulman mais d’une manière générale. Cette quête et ce perfectionnement requièrent un degré élevé d’exigence vis-à-vis de soi. C’est dans ce sens que le Soufisme peut être un élément révélateur et inspirateur dans cette recherche de développement intérieur et spirituel.

D’aucuns pensent que le soufisme peut être exploité dans la lutte contre le terrorisme. Qu’en pensez-vous ?

Avant de trancher, il faut, à mon avis, procéder à une profonde analyse de cette question. La relation entre maître et disciple fait dire à certains que ce dernier, peut, parfois, être aveuglé par son maître. Alors je dirai que tout dépend du maître. A priori, il faut croire que tous les maîtres ont des intentions saines et pures, étant donné que ce qui les intéresse c’est plus la relation avec Dieu, qui ne peut être que bonne. Cela dit, il y a des personnes qui instrumentalisent la religion. Personnellement je suis contre cette approche.

Mais quand cette doctrine est comprise comme il faut, elle peut être un moyen de lutte contre le terrorisme…

Oui, bien sur. Pour cela, je pense qu’il faudrait développer le Soufisme intellectuel, qui contribue au développement de l’être. Pour s’en rendre compte, il suffit de lire les textes soufis, tellement beaux, qui parlent de l’amour. Une fois, j’ai donné une conférence sur ce qui pourrait nous unir quand on vient de différentes religions et cultures. Avec d’autres conférenciers, même les plus radicaux, nous avons constaté que seul l’amour était capable de le faire. Or, l’amour est tellement développé dans le Soufisme. Il peut prendre plusieurs aspects. Il faut donc faire un peu plus de recherche philosophique, parce que le Soufisme est avant tout une philosophie. C’est uniquement à travers l’étude et l’analyse de certains termes qu’on découvre quelques notions philosophiques comme la mort, le respect de l’autre, le développement de soi, la question de l’âme et de l’esprit… Quand on relie, par la suite, toutes ces notions, on se rend compte que toute notre vie est traversée par ces questionnements et ces interrogations et que nous n’avons pas de place pour faire du mal aux autres. Parce que cette philosophie nous motive et nous donne une énergie positive qui nous permet de nous développer.

On remarque ces derniers temps un regain d’intérêt pour le soufisme, qu’est-ce qui justifie, à votre avis, cet élan vers la spiritualité de manière générale ?

La spiritualité permet une recherche d’identité. Nous l’observons aussi bien en Europe qu’ailleurs. En Pologne les jeunes, qu’ils soient catholiques, protestants, orthodoxes et même ceux qui ne croient en rien, se posent tous des questions et se retrouvent très souvent dans la spiritualité. La globalisation a fait que les gens ont plus besoin de se rechercher.

Est-ce que vous avez un peu suivi l’enthousiasme des Marocains pour cette philosophie ?

J’ai effectivement remarqué que les grands soufis sont très vénérés au Maroc, sans oublier le rôle très important que jouent actuellement les «tourouk». Tout ceci permet de développer une culture de collectivité car ces membres ou sympathisants des voies soufies cultivent quelques belles traditions et coutumes et cherchent conseils religieux et sagesse. Ce qui est en soi une chose positive parce que permettant de sublimer la foi religieuse et de développer une communauté spirituelle très proche des gens.

En tant que diplomate, pensez-vous que soufisme et politique font bon ménage ?

Il faut tout d’abord définir ce que c’est que le Soufisme politique. C’est un sujet très vaste qui peut faire l’objet d’une thèse. Il faut bien définir et étudier les termes avant d’engager un débat. Ceci dit, je suis contre l’instrumentalisation de la religion.

Est-ce à dire que pour vous, il faut faire la part des choses entre les  deux ?

J’avoue que je ne me suis pas intéressée au Soufisme politique mais plutôt à celui intellectuel, parfois même très métaphysique. Je préfère, donc, ne pas m’engager dans un tel débat. En revanche, je répète que je suis contre l’instrumentalisation de la religion et le soufisme fait partie de la religion. Il peut être négatif quand il est dévié de sa trajectoire.

Coopération Rabat-Varsovie

Depuis 1959, les relations entre Varsovie et Rabat n’ont cessé de se développer. Plusieurs accords de partenariat lient la Pologne et le Maroc dans différents domaines, politique, économique, judiciaire, touristique et culturel. « Pour promouvoir la Pologne au Maroc, la façon la plus attractive et la plus intéressante était celle culturelle », avoue Dr Joanna Wronecka. Aussi, de multiples activités ont été entreprises dans ce sens. Et la diplomate de préciser : « Je pense que le travail d’un ambassadeur est aussi bien culturel, économique que politique.

Politiquement, les relations sont très bien développées, mais c’est surtout dans le domaine culturel que la coopération est visible, vu que le travail économique reste souterrain. Il n’est pas aussi spectaculaire que les autres domaines. De façon générale, on peut dire que chaque année je me spécialise dans un domaine, l’année dernière c’était la culture, mais pas uniquement… »

Par Kenza Alaoui | LE MATIN

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